Patron de gauche

Essai pour une économie de gauche

avenirMalgré nos brillantes victoires électorales de 2012 à la Présidentielle et aux législatives, la situation de notre pays empire de jour en jour et notre image internationale est sensiblement ternie. Plutôt que d’en chercher les raisons dans un héritage Sarkoziste plombé indéniablement, nous ferions mieux de nous interroger sur notre incapacité à engager les bonnes réformes économiques, avec le bon timing, avec un dynamique visible, pour le bénéfice de nos concitoyens. Je fais également le constat de notre inaptitude à dessiner et à proposer une vision à long terme dans laquelle nous pourrions nous projeter, nous militants et citoyens. Chacun de nous sait qu’une vision partagée est un moteur puissant qui conduit souvent à la réussite des objectifs fixés. Nous n’avons plus de cap, à part l’austérité et la morosité, ce pays est en panne et la confiance a disparue. Il suffit d’écouter autour de nous pour s’en rendre compte. Et ce mal est contagieux pour l’Europe.

Je sais combien il est difficile de gouverner et de trouver des solutions dans un contexte économique de crise, mais j’ai le sentiment (et je ne suis pas le seul) que tout n’a pas été essayé. Le monde est entrain de changer drastiquement : économiquement, socialement, géopolitiquement, technologiquement. À mon sens, la gauche et malheureusement surtout notre parti depuis qu’il dirige ce pays, ne fait que corriger les défauts du libéralisme économique alors que l’époque nécessite des innovations pertinentes courageuses et une certaine intuition du devenir de nos sociétés.

En tant que chef d’entreprise, j’estime que, tant que nous sommes dans une économie de marché (ce n’est pas une fatalité), nous devons tout mettre en œuvre pour que notre pays redémarre économiquement pour créer les emplois auxquels aspirent nos concitoyens, et créer les services dont chacun a besoin (pas de richesses créées, pas de services publics). Bien sûr pour ce faire, les baisses de cotisations sociales sont importantes, mais plus que tout, le gouvernement doit agir pour réduire la défiance sociale (salariés-employeurs), stimuler la confiance dans les petites et moyennes entreprises (90% des entreprises en France, 28% de la valeur ajoutée), encourager la commande publique auprès des TPE (car se sont elles qui créent les emplois), se fixer des objectifs économiques comme dans certains pays asiatiques (ex : être le premier pays européen pour les TIC et les biotechs, récupérer 25% de la production industrielle délocalisée) et s’en donner les moyens.

En deux ans, nous aurions pu relever ce défi de proposer une vraie alternative de gauche dans ce monde ou l’ultra-libéralisme n’en finit pas mourir tout en détruisant des vies et concentrant des richesses dans les mains de quelques uns. C’était de notre responsabilité d’expérimenter de nouvelles voies de gestion économique, comme le partage du temps de travail, la (vraie) taxation de la finance qui a capté les richesses de cette fin de XXème siècle, la remise à plat de la fiscalité adaptée au nouveau mode de vie et à la financiarisation, le développement durable et l’écologie comme nouveau moteur économique (agro-écologie, transition énergétique), une réforme du travail adaptée au XXIème siècle qui a vu la révolution numérique, la démocratie participative issue des modèles de décisions du numérique. Nous aurions pu accélérer l’histoire car nous ne manquons pas de compétences et savoir-faire, mais d’élan et d’enthousiasme.

Quel est le rôle de la gauche, si ce n’est une proposition de vie meilleure pour chacun ? La droite ne propose qu’une régulation darwinienne de l’économie, mourir ou s’adapter. Le rôle du Parti Socialiste n’est pas forcément d’empêcher des gens de devenir riches si une partie des richesses créées sont redistribuées, mais d’empêcher que quiconque reste pauvre ou seul s’il ne l’a pas choisi. Ce pays a besoin de réformes structurelles profondes en matière économique et sociale. Nous sommes littéralement paralysés, et ce sont les étrangers qui le disent. Il suffit de voyager et d’aller à la rencontre de nos collègues américains, sud-américains, asiatiques et même européens, pour réaliser à quel point la France s’est endormie. Je le redis, nous devons créer des richesses en créant des entreprises même si nous devons créer des dispositifs pour qu’elles travaillent ensemble à un but commun (ex : coworking, crowdfunding) : faire reconnaître et vendre nos compétences (à, ce titre les pôles de compétitivité ont un bilan très faible comparé à l’investissement effectué).

Pour reprendre un terme à la mode, nous avons réellement un problème de gouvernance qui se traduit par une absence de projets identifiables comme intéressants par nos concitoyens, et pire par nos militants. Les camarades ont de plus en plus le sentiment de n’être pas écoutés, de servir de fantassins, figurants d’une armée qui ne sait plus pour quoi elle se bat. La plupart des décisions viennent d’en haut, et redescendent vers le menu peuple qui est vaguement autorisé à donner son accord. Les grandes réformes (ie : la décentralisation, la réforme territoriale) sont remodelées par les élus avant même qu’il y ait un semblant de discussion interne aux sections (à quoi servent-elles ?). Les candidatures aux différents niveaux électifs territoriaux, surtout nationaux et européens, sont décidées par quelques barons en haut lieu et imposées lors des votes internes. Il n’est pas étonnant dès lors, d’assister à nos échecs retentissants aux dernières municipales et européennes, quand même le Parti Socialiste ne donne pas l’exemple dans sa manière de gérer en interne sa démocratie, depuis le militant jusqu’au Président de la République.

Loin de vouloir imposer une voix discordante, plus que jamais, je souhaite apporter ma contribution à la reconstruction de la gauche et de notre parti, car il s’agit bien de cela, tant le risque de voir la gauche ne plus être crédible pour longtemps. Je ne peux pas croire que mon parti si ancien, image de progrès et de solidarité, d’innovation sociale, faillisse à sa tâche de défendre chaque être humain quelque soit ses origines sociales, religieuses ou raciales et ne fasse pas obstacle à l’exclusion, l’extrémisme, le populisme, le paupérisme généré par le capitalisme sauvage, tout en créant les conditions de son développement.

Texte envoyé au Conseil Fédéral du PS du 6 juin 2014

Categories: Humeur

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