Patron de gauche

Essai pour une économie de gauche

Je crois savoir ce qu’être dirigeant d’entreprise encore que j’apprenne tous les jours mon boulot de patron.

••• Être de gauche, dans une société qui se droitise (voir les ouvrages de Raffaele Simone), dont la tendance actuelle est de rejeter le monde politique, devient difficile. La gauche n’a pas compris  ou pris en compte, certains des enjeux nationaux et internationaux comme la politique d’immigration, l’intégration du numérique comme mode fonctionnement sociétal et l’individualisme actuel qui va à l’encontre des valeurs de gauche. Et surtout, la gauche peine à convaincre de sa capacité à représenter une alternative, tellement les intérêts personnels priment sur le discours politique. Néanmoins, une ambition politique personnelle peut incarner l’aspiration collective à une bonne gestion des affaires publiques et aux changements espérés …

Se prétendre patron de gauche, est carrément un challenge. je ne suis pas sûr que le terme soit d’actualité et audible.

••• Dans les milieux économiques, il est de bon ton d’être de droite ou de feindre d’ignorer l’importance  de la politique ou l’organisation politique de la société. On me répond souvent qu’il ne faut pas mélanger business et politique, qu’un dirigeant d’entreprise doit d’abord penser à la rentabilité de son entreprise, ou qu’il doit consacrer toute son énergie à faire des profits. Et force est de constater que, depuis mon petit observatoire très régional, beaucoup atteignent ces objectifs sans s’embarrasser de problèmes d’éthique ou de société.

••• Un dirigeant d’entreprise est par définition très occupé, voire même dépassé par les évènements quotidiens qui s’enchainent sans répit (j’y reviendrai). Il lui est difficile de prendre le recul nécessaire pour réfléchir à la place de l’entreprise et du dirigeant dans la société. Pourtant, un dirigeant d’entreprise occupe une fonction dans un micro-organisme (l’entreprise), qui assure lui-même une fonction dans un organisme (la société, un pays, un régime politique …) où d’autres micro-organismes interagissent (services publics, éducation, santé, justice, …). Qu’on le veuille ou non, l’entreprise participe ou contribue au fonctionnement de cet organisme et ne peut s’en dissocier. Il est vrai que certains dirigeants détournent à leur profit l’organisme en question, comme un protéine mutante rend une cellule cancéreuse (désolé, ce sont mes origines  scientifiques qui ressurgissent …). Alors, j’ai quelques convictions peu-être utopiques de mon rôle de chef d’entreprise.

• Si le régime politique est (plus ou moins) démocratique, un patron de gauche s’inscrit pleinement dans le fonctionnement des institutions tout en ayant conscience d’être une pièce contributive de cet environnement. Il peut évidemment aussi contribuer en contestant ou en proposant d’amender les règles établies. Il n’est pas question pour moi d’affirmer que les règles en vigueur sont les meilleures et le resteront ad vitam eternam … La démocratie est un processus dynamique.

Un patron de gauche, tout en cherchant maintenir l’équilibre financier de son entreprise pour ne pas la mettre en danger, ne détourne pas à son profit exclusif, les bénéfices de son activité, parce que ces bénéfices sont largement dus au contexte dans lequel il évolue. Ce contexte inclut une organisation performante des services publics, et d’une société stable, des performances des autres entreprises, (concurrence stimulante et non destructrice) et les compétences de ses salariés.

Se situer dans un environnement par définition collectif, fait du dirigeant d’entreprise un acteur de la société parmi d’autres acteurs au moins aussi importants. Au niveau de son entreprise, le dirigeant ne peut pas non plus s’affranchir des contraintes sociales, sociétales et familiales que subissent ses salariés. Les salariés eux-mêmes évoluent dans d’autres sphères, et enrichissent, accélèrent ou freinent (ce n’est pas un reproche), c’est selon,  le développement de l’entreprise.

Un patron de gauche intègre les attentes et les objectifs de ses salariés qui ne sont pas forcément les siens. Mais, il fédère les énergies pour les faire converger vers un objectif commun qui est le développement de l’entreprise.

Je vois mon métier comme un chef de projet, dont la fonction est de rassembler pendant un temps donné (le temps de travail) les compétences et les apports de chacun pour construire un projet commun. Le résultat final doit dépasser la somme des contributions collectives : on peut évidemment parler d’intelligence collective. Je suis un chef d’équipe, un rôle comme tout à chacun dans l’entreprise, un rôle d’animation. Si le projet consiste à gagner le plus d’argent possible pourquoi pas, si ce projet justement est partagé par tous les salariés. Si le projet consiste à construire un environnement certes pas toujours facile et pas toujours très rentable, mais où chacun a plaisir à se retrouver, j’estime que j’ai réussi dans mon rôle de patron de gauche.

• un patron de gauche favorise plus que le dialogue social, il met en place les moyens d’une participation collective ou d’une démarche participative où chacun doit comprendre le rôle, les objectifs et intérêts des autres. Évidemment, ceci n’est possible qui si les objectifs communs sont acceptés de tous. l ne s’agit pas de faire de l’angélisme, les conflits existent en entreprise, soit parce que chacun défend ses intérêts, soit parce qu’il y a incompréhension des attentes des autres.

Il y a certainement d’autres qualités que je ne me suis pas encore découvertes …:), mais j’entends défendre une conception de la direction d’entreprise qui sert à la fois parler d’argent, et de partage de richesses, que de développement personnel et collectif.

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